• Jilda Hacikoglu

Cambouis & Fantaisies

Novembre divise. Certains savourent la saison du repos intérieur, d’autres se morfondent du ciel moins éclairé sur leurs activités. Après des décennies d'étonnement quant à cette opposition, j'ai pris un autre parti. Depuis quelques années j’y retrouve avec délice certaines chansons inhabituelles de Sting, désormais associées à ce mois mal-aimé (la musique ne s’explique pas).


The Last Ship est un album de 2013 où, loin de ses énergiques tubes habituels, Sting brosse des récits plus personnels, hauts en couleurs sombres et lumineuses. Ici encore opposition. Certains fans déconcertés ont rechigné, d’autres ont adhéré. « Des goûts et des couleurs… » comme on dit. Sting évoquait là les âpres histoires des travailleurs du chantier naval de Newcastle, avec l'accent roublard du coin et les émotions intenses qui les animaient.

Inculte de ce milieu jusqu'alors, des années après l'avoir découvert je reste enchantée que l'Englishman in New York ait tenté l'expérience. S'il ne l'avait fait, jamais ces sonorités singulières n'auraient réchauffé mes novembres, So to speak (‘pour ainsi dire’, une de ses chansons). Peut-être même que Sting n'aurait plus rien écrit d'autre ? Le jeune Gordon Summer est en effet devenu Sting parce qu'il fuyait ce Newcastle de son enfance, mais ce sont ses souvenirs vibrants qui ont relancé sa plume après des années sans création (il le raconte dans ce TedEx musical : 'comment j'ai recommencé à écrire').


L'abus de fantaisie me guette peut-être, mais je me plais à trouver une approche similaire dans la dernière formation imaginée par Robert Dilts, sur le coaching de la résilience. Programme d’actualité s’il en est, Dilts s’y concentrait sur ce qui favorise la résilience, cette capacité à rester centré, debout, dans une situation même effondrée.


Les propositions du ponte de la PNL visent à atteindre cette zone de fluidité où nous sommes capable de réagir au mieux à une crise. Parmi les étapes pour y parvenir il y a l'ouverture du cadre habituel. Cette ouverture permet d'embrasser plus large, y compris ce qui paraît insensé ou rebutant, comme des données tout à fait valable de l’équation. À l’image de tous les invités honorés dans la maison de Rumi (1), toute élucubration recèle alors des ressources qu’il vaut la peine d’investiguer.


Ailleurs, dans les protocoles de co-développement que j’ai utilisés, une place ultime était réservée aux solutions farfelues. Autant pour arrêter la tension des efforts sur une question, que pour se dérider en faisant tout et n’importe quoi avec. Au-delà des rires de ce gentil délire collectif, ces idées folles laissaient souvent une trace dans les options retenues. À la surprise de tous en général, car rien n’était moins prémédité dans ce craquage sciemment dément.


Comme si à force d’envisager des sorties de route toutes plus insensées les unes que les autres, on finissait par heurter quelque chose de juste pour le problème posé. Cette fantaisie a du bon.


En temps de crise ou pas, passer du cambouis aux fantaisies permet de jouer à tenter ce qui ne l'a jamais été, en cherchant la percée qui transcende. Que diriez-vous d'y voir un coup de foudre improbable ?


Une autre fantaisie de saison que je pose là pour clôturer cette publication fantaisiste. Comme il se doit ✨

Instant coup de foudre, entre ce rayon lumineux et cette feuille perlée de rosée. L'aventure durera-t-elle ?

(1) Voir ce poème de Rumi : The Guest House

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